Dissertation littéraire
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« La culture est fille du plaisir et non pas du travail. » - Ortega y Gasset
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Introduction (P.01-02) :
La culture commence avec l'apprentissage de la langue maternelle : au-delà de l'imitation, la culture s'acquiert par la parole, par la lecture, par l'écriture. Si l'école aide à développer cette culture, c'est d'abord par souci d'éducation et de liberté : la culture donne les bases de notre vie sociale.
A l'origine, le mot "culture" (du latin classique "cultura") était un terme strictement agricole, pour désigner ce qui croissait, ce qui se transformait par rapport à un état naturel. Au sens figuré, la culture est la fructification des facultés intellectuelles, tant d'un point de vue qualitatif que quantitatif. L'écrivain espagnol Ortega y Gasset utilise une métaphore plus humaine que celle du fruit : pour lui, la culture est née d'un enfantement. Il écrit, en effet, que "la culture est fille du plaisir et non pas du travail", c'est-à-dire que le travail rete stérile sans plaisir, et, peut-être même que la culture ne se développe que par le plaisir. Pourtant, si l'on poursuit la métaphore, il convient de rappeler que l'enfantement ne se fait pas sans douleur, même si l'origine en est celle du plaisir. Alors, jusqu'à quel point le plaisir peut-il, seul, aviver l'apprentissage et l'amélioration de l'intellect ? Sans doute, le plaisir finit-il par devenir une passion, qui, poussée trop loin, peut mettre en danger la culture : obsessions (par exemple, pour un même livre ou un un même thème), bibliomanie ou graphomanie (lire ou écrire sans distinctions ou sans choix). Face à ces tentations et dérives, seule la rigueur semble pouvoir apporter une limite, un contrôle. Ainsi, le "plaisir" (du latin "placere") est d'abord ce qui plaît, c'est-à-dire ce qui agrée ou satisfait une envie : c'est un effet affectif. S'il n'y avait pas de limite, la recherche du plaisir se perdrait, à un moment ou un autre, dans un retour à l'état naturel. L'un des premiers instruments à avoir été utilisé pour la culture (d'abord agricole), c'est le "tripalium" (du bas latin, signigfiant "trois pieux") qui, par métonymie, donna "travail". Le "travail" est donc, d'abord, ce qui va à l'encontre du plaisir; c'est la souffrance indispensable au contrôle des passions. Comme il est impossible de faire un enfant tout seul, comment ne pas penser que la culture est fille du plaisir et du travail ? Si le plaisir tient le rôle de la mère, ou de son désir d'enfant, le travail n'est-il pas le "loi du père", ou celle des souffrances de l'accouchement ? Dès lors, en tant que "fille de", la culture est à envisager comme oscillation (recherche d'équilibre ?) entre deux principes complémentaires. Ortega y Gasset pose le plaisir comme premier; mais, dans la culture, comment se passent les différentes transformations (acquisitions), et surtout, dans quelle mesure le plaisir peut-il se passer du travail, dans le développement culturel ?
Il s'agit de d'abord comprendre comment la culture est enfantée, comment elle se développe, et dans quelles directions. Ensuite, nous serons amenés à interroger l'étendue et les limites du plaisir par rapport à la culture, et donc à cerner l'apport du travail. Nous pourrons enfin remarquer que la distinction entre plaisir et travail n'est pas la plus pertinente dans le processus culturel.
Développement (P.02-14) :
Par "culture", nous entendons d'abord acquisition et fructificatoion de l'intellect en vue d'un épanouissement, donc d'un développement de ce qui est propre à l'homme (et propre à chacun). Par extension, nous pourrions dire que la culture est aussi le savoir ou la somme des connaissances et valeurs apprises et acquises. En tout cas, il s'agit de comprendre l'étendue et la fécondité du processus d'enfantement et de métamorphoses qui éclaire et enrichit la vie. Toujours "work in progress" et "long shot", la culture évolue au long de notre existence, selon ses différentes modélités : le savoir-lire, l'ouï-dire et l'intertextualité.
[...P. 3-5 : Marcel Proust, Pierre Bayard, Maurice Blanchot, Julien Gracq...]
L'importance de l'imaginaire dans le processus culturel nous suggère que la culture est d'abord "fille du plaisir" : en effet, ce qui affecte agréablement, ce qui donne staisfaction, c'est bien plus le rapport intime à soi par l'oeuvre que l'espace social dans lequel elle s'inscrit. Lire, c'est d'abord assouvir une curiosité et un désir : curiosité pour les mots et l'imaginaire qu'ils peuvent offrir, désir de se divertir, d'apprendre ou de se comprendre. D'abord, plaisir narcissique d'explorateur ("je" découvre son pouvoir) et jouissance d'un monde nouveau et exaltant (comme Candide se cultivant dans la naïveté, dans le conte voltairien). Ensuite, l'espace s'élargit : plaisirs d'en parler, de faire des rapprochements (intertextualité), de partager son "point de vue"... mais dangers de s'y enfermer, de s'aveugler, d'en faire une obsession, de manquer de distance critique.
[...P. 5-10 : Marcel Proust, Christian Prigent, Julien Gracq...]
Limiter, libérer, éclairer : les apports conséquents du travail ne font pas oublier pour autant que sa rigueur, souvent source de souffrance, risque d'entraver la culture de l'imaginaire, car, dans ce dernier, c'est le plaisir qui est "au travail". En effet, dans le processus culturel, le plaisir nous travaille tellement que le travail peut, à son tour, devenir un plaisir : la prise de conscience libératoire peut nous plaire... jusqu'à en altérer la capacité à différencier le plaisir du travail et le travail du plaisir. La continuité et la complémentarité des deux notions reste un mystère, propre aux rapports de la langue à l'imaginaire et de l'écrit à la parole, qui ne peut être élucidé sans la mise en jeu d'un concept fondamental au processus culturel : en tant que développement, fructification et transformation, la culture est soumise, est livrée au temps. La stratification d'espaces dans le processus culturel est ainsi en rapport à la disposition d'une bibliothèque virtuelle temporalisante.
[...P. 10-14 : Marcel Proust, Christian Prigent, Julien Gracq, Valère Novarina, James Joyce...]
Conclusion (P.14-15) :
Si la culture est un processus enrichissant notre vie en la transformant, c'est sans doute parce qu'elle évolue par enfantements, métamorphoses et transfusion d'espaces et de temps. Tissage d'un 'work in progress' et d'un 'pleasure in progress', la culture n'est fille du plaisir qu'à condition d'être s½ur du travail. Savoir-lire, intertextualité et (ouï-)dire modalisent notre bibliothèque virtuelle, selon l'interface imaginaire disposant l'entre-deux en scène de guerre : bibliothèque intérieure (intimité) face à bibliothèque collective (communauté), la fictionnalisation face à la temporalisation. Jouer à disposer des espaces revient à s'opposer au temps, et, s'exposer au temps nécessite d'imposer des espaces. Dit autrement, la culture noue l'explosion du temps et l'implosion de l'espace, par le vide de l'écrit et le miracle du monde. Ainsi, la culture est une 'famille' toujours différente où plaisir, travail, espace et temps changent de place à mesure que l'homme se lie, ou se délie, à l'autre.
Anaïs Nin l'écrit dans son "Poème pour l'homme hors du temps" (Journal de l'Amour, 1932-1939, P. 998,
24 juillet 1937, je souligne) :
"Le temps n'est pas fait pour soi-même, le temps appartient à l'autre. Pour soi-même, il n'est pas de temps. L'univers évolue autour des besoins, des désirs, des humeurs de chacun. Le temps est fait pour celui à qui on a fait une promesse, comme pour un miracle, et si l'autre est en retard au moment où on l'attend, le miracle n'a pas lieu. Le temps est fait pour celui qui vient à votre rencontre avec toutes ses attentes, il n'est pas fait pour soi, ce soi prêt à vagabonder, à rêver, à se perdre dans l'infini. Le seul univers privé de temps est notre univers intérieur. Le temps signifie l'heure du rendez-vous avec l'autre, et il est nécessaire pour que s'accomplisse le miracle du contact, le miracle de la rencontre, le miracle de toucher et d'aimer.
Dans l'immense espace vide où nous sommes perdus, l'heure est cet instant décidé même par les planètes lorsqu'elles souhaitent se rapprocher les unes des autres, ou même s'éclipser l'une l'autre ! Ou alors, il n'y aurait pas de conjonctions."
Ou alors... il n'y aurait pas de culture.
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Note : 15/20.
A améliorer : La transmission de mon expérience concrète en tant que lecteur.

